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LES INROCKUPTIBLES par Olivier Nicklaus France Juillet 2002
Hors des "fast-foods du sexe", Maria Beatty realise des films SM
fetichistes lesbiens ultrasophistiques. Un cinema rare et different. Et il
s'agit bien de pornographie, c'est filme de maniere si stylise, sophistiquee
que le plaisir eprouve tient quasiment plus de l'extase esthetique que de
l'extase sexuelle.
LIBERATION par Helene Hazera France Fevrier 1999
Les petits films de Maria Beatty sont de coquets exercices de fantasmologie,
une sorte de pendant feminin au Scorpio Rising de Kenneth Anger. Dans les
films de Miss Beatty - auxquels elle prete souvent ses formes aguichantes
et son oeil candide - les femmes s'amusent beaucoup jusqu'a l'exercice de
chatouillis feroces, loin des malheureuses du porno marchand qui ont l'air
d'aller a l'abattage.
L'OEIL DU MANIAC par Gilles Berquet The Black Glove
The Black Glove est un chef d'oeuvre du genre ; une pierre noire d'une etonnante
clarte. La lumiere dramatique dont l'oscillation spasmodique eclabousse la
pupille de noirs intenses et de blancs crus, est directement inspiree du cinema
expressionniste allemand et du film noir americain. Le mystere qui s'en degage
constitue, a n'en point douter, la clef de voute de cet emouvant petit bijou.
L'ENCYCLOPEDIE DU SM Editions La Musardine 2000
sous la direction de Philippe Cousin
Beatty (Maria) Cineaste inclassable et hors limite, Maria Beatty dejoue toutes
les tentatives d'analyse et de rapprochement avec le cinema acaractere fetichiste.
Elle ne se reconnait qu'avec Genet, Pasolini, Bunuel, Fassbinder et Welles.
ELEGY
L'Érotisme Noir de Maria Beatty
Par Alyz Tale
Il est rare que les films fétichistes fassent parler d'eux ailleurs
que dans le milieu SM, il est rare que les critiques se penchent sur ces uvres
souvent considérées comme trop spécialisées, et
il est encore plus rare que ces dernières soient réalisées
par et pour des femmes. Maria Beatty a donc tout dun être dexception.
Révélée en France notamment grâce au très
esthétique Elegant Spanking, Maria Beatty fait partie de ces gens qui
vivent leur art, lui insufflant par la même une vie propre. Soumise
dans la vie comme à lécran, ses films, toujours muets, se démarquent
grâce à une image travaillée, belle, féminine,
grâce à un goût du beau poussé à l'extrême.
Depuis dix ans, Maria met en scène les relations dominante/dominée
de la façon la plus raffinée qui soit, permettant ainsi à
ses uvres d'avoir une vie propre, une vie hors du cercle fétichiste
très fermé...
Cette petite Grande Dame aux cheveux blonds accepte aujourd'hui de nous livrer
quelques secrets depuis New York, la ville où elle travaille actuellement
sur son prochain film, le second volet de sa série sur les sept péché
capitaux.
Je suis entrée dans le monde du cinéma fétichiste, il
y a dix ans, mon but était de canaliser mes expériences professionnelles
et personnelles. En effet, ayant le mode de vie d'une soumise aussi bien dans
la vie qu'au travail, les deux sont devenus naturellement interchangeables.
La vie comme art et l'art comme vie pourrait-on dire.
Erotique noir, qui est l'appellation que je donne à mon travail cinématographique,
est une extension de l'époque du cinéma muet. Le silence met
en valeur l'intensité du toucher, alors que les mots interfèrent
et amoindrissent l'imagerie visuelle. Le silence hisse l'imagerie érotique
à un niveau plus sophistiqué, plus en profondeur et laisse ainsi
plus de place à l'imagination. C'est un plus pour l'expérience
sexuelle-psychologique.
Je n'essaie pas nécessairement de recréer une époque,
mais plutôt de travailler avec les éléments classiques
propres au cinéma muet. Je mêle ensuite ces éléments
aux éléments contemporains et j'obtiens ce mélange rétro/moderne.
C'est plus excitant, il y a plus de challenge, c'est plus exotique et plus
expérimental aussi, la prise de risque est plus grande.
Pour ma première collection de films fetish/SM, j'écrivais,
filmais et montais les films - "The Elegant Spanking", "The
Black Glove", "Ladies of the Night", "Seven Deadly Sins
- Prelude" - jusqu'à ce que tout soit prêt. Je choisissais
ensuite un compositeur qui pourrait creuser, s'inspirer non seulement du contenu
mais aussi de l'ambiance et du rythme du film. Quelqu'un qui pourrait comprendre
instantanément l'uvre. Je ne choisis donc pas mes bandes sonores,
le son, la musique sont créés spécifiquement pour le
film par un compositeur de mon choix. Je prends des compositeurs qui vont
hisser l'uvre à un niveau supérieur, et qui ont un suivi
underground, comme moi.
Ma nouvelle collection de films, sur laquelle je suis en train de travailler,
requiert davantage de collaboration avec le compositeur, au stade de la pré
production. Par exemple, pour mon nouveau film, "Seven Deadly Sins -
ENVY", je travaille actuellement avec la diva Diamanda Galas. Elle va
fournir une bande son de 27 minutes spécialement pour l'uvre.
Jusqu'à présent, j'ai travaillé avec John Zorn, Malcolm
McLaren, Nick Holmes, Diamanda Galas, Nicole Renaud. Dans le futur, j'aimerais
collaborer davantage avec des compositeurs de sexe féminin. C'est une
sorte d'énergie qui, je pense, va accroître la dynamique féminine.
C'est un élément intéressant avec lequel il pourrait
être intéressant de jouer. J'adorerais travailler avec Marianne
Faithfull et Utte Lemper, elles sont toutes deux underground à leur
manière.
Je ne veux pas projeter trop de choses à l'avance, c'est un processus
si lent, si intense et qui demande beaucoup d'assiduité. Il faut le
temps de concevoir les images et d'intégrer la musique. Il faut aussi
prendre en compte les nombreux changements. C'est pour cette raison qu'il
m'est impossible de planifier à plus d'un ou deux ans.
Ritualisme, Passion, Pouvoir des Femmes, le Sexe en tant qu'Art, l'Erotisme,
l'Intensité du Toucher, la Beauté, les Ténèbres
et la Lumière, l'Affirmation. Mes films sont le reflet de ma réalité
comme de mes fantasmes, je mélange les deux et je crée un nouveau
genre de films érotiques.
Il y en a beaucoup ! Les femmes qui réalisent des films lesbiens -
elles sont malheureusement très peu nombreuses, j'en connais peut-être
deux ou trois, moi comprise - sont authentiques et elles créent et
jouent généralement pour le plaisir. Ces films sont rarement
conçus comme des outils marketing ou des produits. Les actrices ne
sont pas des professionnelles mais des femmes passionnées réellement
impliquées dans le monde fétichiste/SM. Ce n'est pas du faux,
mais de vrai. Les budgets sont généralement très minimes
puisque les films sont souvent produits de notre poche et non par des commanditaires
ou des studios de l'industrie du sexe. Cela peut être un avantage car
tu as une liberté complète de production et de direction. Je
pense aussi que plus le plateau et l'équipe sont réduits, plus
le résultat est intense et intimiste. De plus, les femmes créent
pour d'autres femmes ou pour elles-mêmes avant tout, pour leur corps.
Les hommes qui font des films lesbiens ont plus tendance à en faire
de purs produits de masturbation ou de l'argent rapide. Ce sont les hommes
qui contrôlent l'industrie du sexe et qui projètent la façon
dont ils veulent voir jouer les femmes pour les regards masculins, pour vendre,
vendre, vendre. L'argent rapide ! Il y a tant d'argent jeté par les
fenêtres, il n'y a pas de sincérité ou d'âme derrière
tout ça. C'est une véritable poubelle avec des femmes que l'on
dirige et à qui l'ont dit ce qu'elles doivent faire pour exciter les
hommes.
Le marché, ou public, américain est moins tolérant que
les autres face au sexe et à l'érotisme, et définitivement
plus étroit d'esprit dans leur représentation et leur utilisation
de ce type d'imagerie, qu'il s'agisse de films, de danse, de théâtre,
de photos, etc. Ils sont encore embourbés dans un état desprit
puritain, et cest encore pire depuis que Bush est là. Jai dû
encore plus faire face à la censure de mon travail depuis lannée
dernière. Je pense que cela vient de ladministration politique et du
renforcement des mesures contre ce qui est considéré comme porno
par les hommes hétérosexuels de droite. Je suis considérée
comme culte mais cest très underground ici. Je pense que ça
lest un peu moins en France et dans certaines parties d'Europe. Je ne my suis
pas encore vraiment implantée, je ne connais pas bien le potentiel
de mon marché européen, il mest donc difficile de dire comment
mon travail est perçu en Europe. Il y a une reconnaissance de mes films
en France qui permet de les hisser à un autre niveau, qui me permet
dêtre considérée comme une artiste plutôt quêtre
catégorisée pornographe ou pornographe lesbienne , comme cest
le cas en Amérique, ou les gens catégorisent et labellisent
automatiquement un personne.
Quant aux évènements du 11 septembre, ils ont tout changé,
que ce soit lindustrie du sexe, les arts ou Wall Street. Il semble que les
gens prennent moins de risques et soient plus sensibles à lambiance
et au contrecoup du 11 septembre. Il y a une aura étrange et vide dans
lair, une sorte de calme avant la tempête. Cela affecte tout, y compris
la réaction à mon travail et mon travail lui-même. Jaimerais
capter tout cela dans un travail plus extrême qui défierait le
marché.
Absolument. Cest pour cette raison que je vis actuellement en France. Il y
a tant de beauté, délégance, de culture et dhistoire
desquelles on peut sinspirer. New York, la ville doù je viens, a perdu
les bons côtés quelle avait ces derniers temps. Jai toujours
été attirée par lesthétique européenne,
cela se voit particulièrement dans mes films noirs et blancs.
Et le public Européen semble vous le rendre puisquil réagit
bien à votre travail
Le marché européen apprécie beaucoup plus mon travail
puisque celui-ce est considéré comme de lart en Europe et comme
du porno en Amérique
Les Européens perçoivent le
sexe de manière beaucoup plus sophistiquée - le sexe en tant
que forme dArt. Les Américains sont répressifs et gênés
par la représentation du corps dans lart et le cinéma. Tout
semble être enfermé et caché.
Jai plus été inspirée par les de travaux Kurt Weill et
de Bertolt Brecht sur The Seven Deadly Sins . Brecht se concentre sur une
critique sociale et la musique de Weill insiste sur les conflits psychologiques.
Même si le concept des sept péchés capitaux a été
exploité maintes fois au cinéma, le concept de le travailler
en sept étapes différentes, comme je le fais avec mon voyage
et odyssée érotique, et de le faire illustré par sept
compositeurs différents, ne la pas été. Il y a toujours
de la place pour des interprétations différentes, peut importe
le médium utilisé.
Disons que jai déjà succombé à pas mal dentre
eux. Il vaudrait donc peut-être mieux que je cite ceux auxquels je nai
pas succombé
lAvidité, la Paresse et la Gourmandise.
La religion est la racine du mal.
Cest donc la suite de la série The Seven Deadly Sin , le prochain est
l'Envie ! Cest le péché le plus difficile à réaliser.
Cest le seul péché qui na pas de fin ou de point culminant.
Cest le seul péché qui na pas daccomplissement. Je le vois comme
le plus dangereux de tous les péchés, je le visualise comme
étant très sombre et ténébreux. Le film sera très
noir avec des jeux dombre très denses. Mais nous nen sommes quaux premières
étapes.
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